Prévalence et origine de certains neuromythes chez les enseignants du Québec

Blanchette Sarrasin, J. (2018). Prévalence et origine de certains neuromythes chez les enseignants du Québec. (Mémoire de maîtrise), Université du Québec à Montréal, Canada. url: https://archipel.uqam.ca/12129/ 

RÉSUMÉ : Des études récentes ont mis en évidence l'existence de fausses croyances liées au fonctionnement du cerveau au sein de la population enseignante, souvent appelées « neuromythes » (Dekker et al., 2012; Howard-Jones, 2014). En plus de classifier parfois les élèves dans des catégories réductrices, ces croyances erronées peuvent encourager les enseignants, les écoles et les décideurs politiques à investir du temps, de l'énergie et des ressources financières pour mettre en place différentes pratiques pédagogiques n'étant pas supportées par la recherche scientifique (Pasquinelli, 2012). Or, des études récentes effectuées dans différents pays rapportent une prévalence considérable de certains neuromythes : plus de 90 % des enseignants adhèreraient à certains d'entre eux (Dekker et al., 2012; Gleichgerrcht et al., 2015; Tardif et al., 2015). Les écrits scientifiques actuels mettent également en évidence certains facteurs susceptibles d'influencer l'adhésion des enseignants aux neuromythes, mais la compréhension de l’origine de ces derniers demeure superficielle.

La présente recherche vise donc à préciser l'origine de certains neuromythes répandus chez les enseignants (ex : textes de vulgarisation scientifique, formations reçues, intuitions, etc.), en plus de dresser un portrait de leur prévalence chez les enseignants du Québec. Elle propose donc de répondre à la question suivante : « Quelles sont la prévalence et l'origine de certains neuromythes chez les enseignants du Québec ? ». Elle cherche conséquemment à atteindre les objectifs suivants : 1- Dresser un portrait de la prévalence des neuromythes chez les enseignants du Québec; 2- Préciser les sources liées à l'adhésion ou non à chaque neuromythe.

Un questionnaire en ligne d'environ 15 minutes, inspiré des études de Dekker et al.(2012) ainsi que de Tardif et al. (2015), a été envoyé au plus grand nombre possible d'enseignants du préscolaire, du primaire et du secondaire des écoles francophones du Québec, qui assurent la scolarité obligatoire. 972 enseignants ont répondu au questionnaire. Les participants devaient déterminer leur niveau d'accord à propos de dix énoncés concernant le fonctionnement cérébral, dont cinq portant sur des neuromythes déjà bien documentés dans les écrits scientifiques, en répondant à l'aide d'une échelle de Likert à cinq niveaux allant de « Fortement en accord » à « Fortement en désaccord ». Pour chacun des énoncés, ils devaient également indiquer l'origine de leur réponse parmi une liste de 15 sources possibles (ex : articles professionnels, formation continue, médias sociaux, intuitions, etc.).

Les résultats montrent que les taux de prévalence au Québec de ces cinq neuromythes varient entre 44 % et 74 %. Bien qu’élevés, ces taux sont légèrement inférieurs à ceux rapportés dans les études antérieures. Par ailleurs, les principales sources de ces neuromythes telles que rapportées par les participants sont les biais cognitifs (intuitions et perceptions) ainsi que les formations universitaires. Les résultats montrent également que les principales sources liées à la non-adhésion aux neuromythes seraient les conférences et ateliers de congrès, les articles de recherche (articles scientifiques) et les intuitions.

La présente étude représente une avancée importante, car elle constitue la première recherche à établir un portrait de la prévalence des neuromythes chez les enseignantsdu Québec ainsi qu’à préciser de façon relativement détaillée et systématique l'origine de chacun des neuromythes étudiés. Les résultats obtenus permettent de mieux cerner l'importance de la problématique des neuromythes au Québec et de mieux cibler l'origine de ces fausses croyances sur le cerveau. Cela pourra éventuellement guider les interventions visant à les prévenir plus efficacement et à dissiper les neuromythes déjà présents en éducation. Plus encore, ce projet pourrait ultimement permettre aux enseignants de développer un regard plus éclairé sur les neurosciences et leur lien avec l'apprentissage et l'enseignement.